Ca veut dire quoi, butiner?

Le nectar attire les insectes, d’accord, mais quand on dit qu’ils viennent butiner, qu’entend-on exactement par là? Est-ce qu’il n’y a vraiment que les insectes qui peuvent butiner? Et lesquels?

Que signifie le terme butiner?

Selon mon vieux dictionnaire, butiner signifie “visiter les fleurs pour y chercher la nourriture de la ruche (pollen, nectar)”. J’ai aussi trouvé en ligne la définition “se nourrir sur les fleurs”.

Nous voyons donc que le butinage concerne le nectar ainsi que le pollen, pas seulement l’un des deux, et qu’il évoque uniquement le fait de prendre de la nourriture.

En général, les insectes utilisent le nectar pour leur propre consommation et le pollen, qui est riche en protéines, est surtout destiné aux larves.

Quels sont les animaux qui ont besoin de butiner?

Quand on dit butiner, on pense tout de suite aux abeilles sociales. On nous a expliqué dès l’enfance qu’elles venaient chercher dans les fleurs de quoi fabriquer leur merveilleux miel. On nous a aussi dit que c’était bon pour les plantes même si on n’a pas trop compris en quoi.

Si vous avez pris le temps, comme moi, de regarder ce qui se passe sur les fleurs de votre jardin, de votre balcon ou du parc voisin, vous avez bien vu qu’il n’y avait pas que des abeilles domestiques qui venaient les butiner. Normal, un tas d’animaux se régalent du nectar et/ou du pollen des fleurs :

Chez les hyménoptères

  • toutes les abeilles : les domestiques (Apis mellifera), donc, mais aussi toutes les abeilles sauvages, que l’on connaît moins. Elles sont pourtant très présentes sur notre territoire. On estime que la France en accueille environ 1000 espèces. Elles sont souvent solitaires et ont des mœurs très différentes selon les espèces. Les plus connues sont celles qui s’installent dans les hôtels à insectes comme les osmies (Osmia).
    Certaines se nourrissent exclusivement sur une seule variété de plantes. Elles sont très performantes pour la pollinisation car elles ne dégradent pas le pollen qui s’accroche naturellement à leurs poils. Rapides, elles ne repassent jamais au même endroit. Des entreprises ont commencé à s’y intéresser et à proposer ces pollinisatrices très efficaces aux arboriculteurs.

    abeille sauvage en train de butiner

  • les bourdons (Bombus) dont 45 espèces sont présentes en France. Ils vivent en communauté, comme les abeilles domestiques et les guêpes sociales. Rétablissons quelques vérités : non, ils ne sont pas les mâles des abeilles et oui, ils peuvent piquer (enfin, seulement les femelles). Ils appartiennent à la même famille que les abeilles (Apidae). Ils évoluent donc en colonie, dans un nid souvent souterrain, qui comprend une reine, des mâles reproducteurs et des ouvrières femelles. Le nombre d’individus dans la société reste modeste puisqu’il va de quelques dizaines à 300 maximum.
    Les bourdons sont d’excellents pollinisateurs. Ils sont gros, poilus, vibrent fort sur la fleur et récupèrent ainsi beaucoup de grains de pollen. De plus, ils produisent leur propre chaleur en contractant leurs muscles thoraciques (on les considère comme des animaux à sang chaud), ce qui leur permet de sortir butiner dès que la température atteint 5°C. Ils travaillent donc plus tôt dans l’année, ont une plage horaire journalière plus étendue et sont dominants dans les régions en altitude. Ils sont cependant sensibles aux grosses chaleurs. Autre faiblesse : ils ne peuvent pas communiquer l’emplacement d’un bon “filon” à leurs congénères comme le font notamment les abeilles.Les bourdons sont très utilisés en maraîchage, notamment par les producteurs de tomates qui installent des ruches dans leurs serres tout au long de la production. 

 

  • les guêpes butinent également car elles se nourrissent de liquides sucrés. Elles ne se contentent pas du nectar des plantes et aiment aussi les fruits très mûrs, le miellat des pucerons, la sève des arbres… Lorsqu’on les voit découper un bout de jambon, ce n’est pas pour le manger elles-mêmes mais pour le ramener à la ruche et nourrir leurs larves. Au passage, je viens de vous livrer une astuce si des guêpes vous ennuient pendant un repas à l’extérieur : vous sacrifiez un petit morceau de jambon que vous leur laissez et qui les occupera (ça marche moins en fin de saison, lorsqu’il n’y a plus de larves à nourrir).On pense tout de suite aux guêpes sociales (comme Vespula vulgaris ou Vespula germanica) mais il existe également, de même que chez les abeilles, de nombreuses espèces de guêpes solitaires (environ 6000 espèces!).

 

  • Les frelons font partie de la même famille des vespidés (Vespidae), ce sont des guêpes géantes. Eux aussi se servent sur les plantes comme ce frelon européen sur cette photo (Vespa crabro).

 

frelon en train de butiner

  • les fourmis qui sont les lointaines cousines des abeilles. Elles non plus ne disent pas non à une petite douceur à base de nectar de fleurs ou à un peu de pollen même si elles ont bien d’autres sources de nourriture.

fourmi en train de butiner

 

Chez les diptères

  • les bombyles qui ont un corps souvent recouvert d’une fourrure assez épaisse

bombyle en train de butiner

 

  • les syrphes qui sont d’importants pollinisateurs et qui ont un physique varié selon les espèces

syrphe en train de butiner

  • les moustiques car, rappelons-le, ceux qui piquent sont seulement les femelles en vue du développement de leurs œufs et non pour se nourrir

moustique en train de butiner

  • certaines espèces de mouches domestiques

mouche en train de butiner

  • et d’autres moins connus comme les tachinaires, les mouches bleues du genre Calliphora, les conopides (mouches ressemblant aux syrphes), les empidides, les stratiomes (mouches vivant dans les plantes aquatiques)…


Chez les lépidoptères

  • les papillons de jour (Rhopalocera) qui sont intéressés seulement par le nectar. Avec le jus des fruits, c’est leur seul aliment et donc leur carburant pour la journée. 

 

papillons en train de butiner

  • les papillons de nuit (Heterocera) qui ont besoin de se nourrir. Certains ne vivent que quelques jours et ne mangent rien. Ceux qui durent plus longtemps aspirent principalement du nectar. C’est le cas, par exemple, du moro-sphinx qui fait partie des hétérocères mais qui sort le jour. Il est parfois confondu avec le colibri car il pratique le vol stationnaire au dessus des fleurs sans jamais s’y poser. J’en ai vu un dans mon jardin cette année et je peux vous dire que c’est impressionnant! Vous ne pouvez pas le rater et, si vous ne le connaissez pas, vous vous demandez forcément ce que c’est que ce gros insecte aussi rapide! Regardez-le (en arrêt sur image) :

 

moro-sphinx en train de butiner

 

Chez les coléoptères

Ils existent depuis très longtemps et ont été les premiers pollinisateurs! Ils représentent plus de 350 000 espèces connues à travers le monde. On estime que la France en accueille un millier qui sont floricoles (qui  vivent sur les fleurs ou tout près car se nourrissent de leur pollen et de leur nectar). Par exemple :

  • les coccinelles

coccinelle en train de butiner

 

  • des scarabées comme la cétoine dorée

cétoine en train de butiner

 

Il n’y a donc que les insectes pour butiner les fleurs? Eh bien non! Même s’ils sont largement majoritaires, il y a aussi des animaux d’autres familles :

Chez les oiseaux :

  • les oiseaux exotiques dont les célèbres colibris, surnommés “oiseaux-mouches” en raison de leur taille minuscule et de leurs battements d’ailes si rapides que l’on a l’impression d’être face à un insecte. Ils doivent ingérer chaque jour leur poids en nectar et donc visiter environ un millier de fleurs! Ils disposent pour cela de grandes compétences et sont capables de supporter la pluie, de lutter contre le vent, de voler en marche arrière, de faire du surplace, d’enchaîner les pirouettes… S’il existe seulement 4 espèces de colibris pour les scientifiques, plus de 300 espèces de petits oiseaux sont considérées comme des colibris par les profanes. Parmi elles, on compte plus de 120 espèces de passereaux appelés communément souimangas. Tous ces oiseaux possèdent un bec long et fin mais il a une forme différente en fonction des espèces et de leurs fleurs de prédilection : il peut être très long, plus ou moins courbé… Ils récupèrent le nectar grâce à leur langue fourchue. colibri en train de butiner
    Parmi les oiseaux exotiques nectarivores, nous pouvons citer le loriquet arc-en-ciel qui n’a rien à voir avec les colibris et qui vit en Océanie. Sa langue en forme de pinceau lui permet d’aspirer le nectar.

    loriquet en train de butiner
  • des oiseaux de nos contrées butinent parfois eux aussi ; c’est le cas de la fauvette, du pouillot véloce, de la mésange bleue

Chez les mammifères :

  • les chauves-souris, ou du moins certaines espèces comme les roussettes qui sont des animaux végétariens vivant en Amérique du sud, en Asie et en Afrique (photo dans cet article). Ces chiroptères exotiques lèchent ou mâchent les fleurs pour se nourrir de leur nectar. Attention, toutes les roussettes ne sont pas nectarivores, la plupart sont seulement frugivores.
    Au Mexique, les petites chauves-souris à long nez (Leptonycteris curasöae) enfoncent leur museau dans des fleurs de cactus pour y lécher le nectar. On les voit très bien en action dans de magnifiques séquences du film documentaire Pollen de Disneynature.

  • les souris à miel (Tarsipes rostratus) sont les seuls mammifères terrestres exclusivement nectarivores. Elles vivent en Australie et seulement dans le sud ouest de l’île. Ce ne sont pas du tout des rongeurs mais de petits opossums qui atteignent le nectar grâce à leur museau pointu et à leur longue langue. Très légères, les souris à miel se déplacent jusqu’au bout des branches sans les casser. Un seul buisson peut suffire à leur subsistance pour toute leur vie! Je n’ai pas trouvé de photo libre de droit mais vous pouvez les découvrir ici.

Chez les reptiles :

  • les geckos du genre Phelsuma qui vivent surtout dans les îles de l’Océan Indien et dont il existe 52 espèces. La plupart sont insectivores mais aiment aussi se servir sur les fleurs.

 

Gecko géant de Madagascar

 

Comment les insectes s’y prennent-ils pour butiner?

Pour butiner, les insectes doivent généralement se poser sur la fleur. En fonction de leur grosseur, de leur poids, de leurs aptitudes au vol, ils sont plus ou moins à l’aise. Les ASTERACEES comme le pissenlit remportent un grand succès car leur capitule, souvent grand et plat, forme une piste d’atterrissage parfaite!

Il serait long et compliqué de décrire les “bouches” de tous les insectes butineurs. Sachez que la plupart sont considérés comme “broyeurs-lécheurs”. Leurs mandibules ne leur servent pas vraiment à déchiqueter la nourriture, en tous cas pas sur les fleurs, mais éventuellement à la transporter. Ils utilisent leur “langue” pour récupérer le nectar comme cette abeille (vous pouvez agrandir en cliquant) :

abeille en train de butiner avec langue visible et boules de pollen
Sur l’image du dessus, on voit également la façon dont les abeilles transportent le pollen. Elles se brossent le corps avec leurs pattes et, avec un tout petit peu de nectar régurgité, assemblent les grains de pollen en pelotes. Elles font passer ces pelotes vers l’arrière jusqu’à leur dernière paire de pattes qui sont munies de poils raides maintenant la boule en place.

Normalement, le pollen se pose naturellement sur le visiteur mais, si ce n’est pas le cas, l’insecte peut le faire tomber. C’est ce que font les bourdons sur les fleurs de tomates, par exemple. Elles ont la particularité de ne pas libérer leur pollen naturellement et d’avoir besoin d’être secouées. Aucun problème pour les gros bourdons! Ils s’accrochent avec leurs pattes avant au milieu de la fleur qui est composé d’étamines soudées ensemble. Ils vibrent alors très fortement pour que le pollen leur tombe dessus. Ils procèdent ensuite comme les abeilles en réunissant les grains de pollen en une boule sur chacune de leurs pattes arrière.

Sur cette photo, on voit un bourdon accroché à une fleur de tomate. Les traces un peu foncées près de sa tête marquent les endroits où il s’est tenu à la fleur (lui ou un autre avant lui).

bourdon en train de butiner une fleur de tomate

Les papillons, eux, entrent dans la catégorie des “suceurs-lécheurs” puisqu’ils aspirent le nectar à l’aide de leur longue trompe. Elle leur sert donc de paille (comme moi lorsque je bois un Virgin Mojito!).

papillon en train de butiner avec sa trompe

 

Il y aurait encore beaucoup à dire mais nous le verrons dans d’autres articles. Je peux tout de même préciser que le butinage varie en fonction des caractéristiques physiques de l’insecte (son poids, la longueur de sa langue ou de sa trompe, la grosseur de son corps…), de ses préférences ou de ses besoins du moment et, bien sûr, de la forme de la fleur qui lui permet ou non d’atteindre la nourriture qu’elle offre. De son côté, une plante à fleurs a tout intérêt à attirer les insectes et elle développe pour cela de grandes stratégies… 

 

Et voilà, on a fait à peu près le tour du sujet! Smile Il n’y a vraiment pas que les abeilles qui butinent, vous avez vu? C’est impressionnant, toute cette liste!

Psss, avant de partir retourner à vos occupations, vous pouvez écrire un petit commentaire ou liker la page sur Facebook! Winking smile 

 

Crédits photos : Photos libres de droits du site pixabay.com sauf la photo du bourdon sur la fleur de tomate de Vincent BERRUET, tous droits réservés

4 thoughts on “Ca veut dire quoi, butiner?

  1. Super article ! Évidement cela fait partie de ma passion mais quel bonheur de retrouver mon gros pépère en train de travailler sur la fleur de tomates. D’abord le nectar, puis le pollen, maintenant le butinage… c’est ma saga de l’été ! A quand le prochain épisode ? 🙂

    1. Merci pour tes encouragements, ça fait trop plaisir ! 🙂

      Et puis ton avis compte beaucoup pour moi puisque tu t’y connais et que tu peux repérer des erreurs!

  2. Alors là, merci beaucoup pour cet article Flore, j’ai appris plein de choses! Moi qui croyais que seules les abeilles butinaient…! (La honte!!!)

    1. Oh non, il ne faut pas avoir honte, Mimi! C’est normal, on parle surtout des abeilles et seulement des abeilles domestiques, en plus!

      Maintenant que tu le sais, je suis sûre que tu feras attention et qu’au printemps prochain tu remarqueras des tas de petites bêtes sur les fleurs de ton beau jardin citadin! 🙂

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