Le brame du cerf se fait entendre!

Maintenant que vous savez des choses sur les biches et les cerfs, place au brame! Smile

Depuis que j’ai ouvert ce blog, je savais que je vous parlerais du brame du cerf! C’est une période que j’aime beaucoup et pendant laquelle je passe des soirée dehors, seule ou entre amis, avec des habitués du brame ou des personnes qui veulent le découvrir. 

Certains se disent peut-être : le brame du cerf, c’est quoi, exactement? Alors, en fait, cela désigne deux choses différentes : le rut du cerf en lui-même et le cri que pousse l’animal pendant cette période de rut (et uniquement pendant cette période). Tout le monde a donc compris, nous allons parler reproduction de cervidés, aujourd’hui! Winking smile 

Qu’est-ce qui déclenche le brame?

Le rut est déclenché par un changement dans l’état physiologique des biches qui deviennent fertiles. Il arrive plus ou moins tôt dans la saison, en fonction de paramètres qui ne sont pas encore clairement mesurés comme les températures extérieures, par exemple. On estime également que la durée du jour intervient, notamment dans le cycle hormonal du cerf. Il existerait une corrélation entre le brame des mâles et les chaleurs des biches : l’état des biches excitent les cerfs mais les cris des cerfs déclenchent aussi l’œstrus (les chaleurs) des biches.

En général, les premiers mugissements se font entendre à la fin du mois d’août et le brame démarre vraiment vers la mi-septembre. Il dure environ un mois donc on peut facilement retenir la période du 15 septembre au 15 octobre pour la France. Il est un peu plus tardif et plus court en altitude.

Attention, si le rut des Cervus elaphus s’étend sur un mois, ne pensez pas que les biches sont fécondables sur toutes ces semaines. Les chaleurs d’une femelle ne durent qu’à peu près 24 heures, souvent moins.

Comment les cerfs se comportent-ils pendant le brame?

Pendant le brame, il y a deux cas chez les cerfs : ceux qui batifolent et ceux qui essaient de batifoler.

Ceux qui batifolent

cerf derrière une biche brame, photo Guillaume Baviere de flickr.com

Je ne sais pas si vous vous en souvenez, mais les biches et les cerfs vivent séparés. En période de brame, ce n’est pas le cas, comme vous le voyez sur la première photo. Les mâles qui se sont imposés ont intégré une harde de biches tout en essayant d’attirer d’autres femelles des hardes voisines. Ils ne supportent alors aucun autre cerf dans les parages et règnent sur leur espèce de harem qui peut compter jusqu’à plusieurs dizaines de femelles. Ils empêchent notamment les biches de se disperser, un peu à la manière d’un chien de troupeau.

N’ayons pas une vision des choses trop macho : les biches sont habituées à être entre elles, à suivre une meneuse et elles ne deviennent pas soumises à leur prétendant. Elles restent fidèles à elles-mêmes, sur le qui-vive et prêtes à fuir en cas de danger. Si un gros problème se présente, il y a de fortes chances pour que le cerf s’enfuit de son côté sans demander son reste et sans s’occuper de ses belles alors que celles-ci évacueront les lieux comme habituellement, dans l’ordre de la hiérarchie. De plus, ce sont les femelles qui décident s’il y a accouplement et qui choisissent le lieu et le moment précis.

Le soir, le groupe sort du sous-bois et se place souvent dans un endroit assez dégagé que l’on appelle l’aire de brame ou la place de brame. C’est notre présence qui amène les animaux à bramer en fin de journée, dans la nuit et au petit matin. Dans un endroit tranquille, le brame peut avoir lieu en pleine journée.

Le cerf se tient prêt à honorer chacune de “ses” biches au moment de ses chaleurs. Il ne faut pas rater le coche, rappelez-vous, ça dure très peu de temps! Il les surveille donc et, quand l’une d’elles est prête à être fécondée, il la poursuit de ses assiduités avec de petits cris. La biche se dérobe puis, lorsqu’elle est prête, finit par accepter la saillie. On dit alors que le cerf couvre la biche. Cela est très rapide puisque quelques secondes suffisent. A la fin de la saillie, le cerf se dresse droit sur ses pattes arrière et se retire. Pour des raisons évidentes de respect de l’intimité de nos vedettes du jour, je ne vous montrerai pas de photo d’accouplement. Winking smile (Bon, ok, je n’ai peut-être pas réussi à en trouver qui soit libre de droits…)

Ceux qui essaient de batifoler

combat de cerfs pendant brame, photo de GUY BUCHMANN de flickr.com

Pendant ce temps, les autres mâles sont dans un état d’excitation et de frustration très important! Les plus téméraires se rapprochent des hardes et essaient de profiter de la situation si quelques biches s’éloignent du groupe ou si le maître des lieux est occupé avec l’une d’elles un peu plus loin. Celui-ci doit donc gérer beaucoup de choses en même temps : garder les biches groupées, vérifier leurs chaleurs, dissuader les autres mâles et les faire fuir s’ils sont trop proches… Il a à peine le temps de manger et de se reposer. Certains perdent jusqu’à 20kg en un mois!

Un cerf sans harde provoque parfois directement le roi du harem. Les deux se jaugent, se donnent quelques coups de bois mais les réels combats sont peu fréquents. En général, le plus faible abandonne rapidement. Cependant, il peut arriver que la confrontation soit sérieuse et qu’un animal soit mortellement blessé. Encore plus rare, il est possible que les bois s’imbriquent entre eux et que les deux mâles se retrouvent coincés ensemble et finissent par mourir d’épuisement, après avoir passé des heures à essayer de se dégager.

Les mâles célibataires peuvent réussir à s’accoupler lorsque le dominant est trop fatigué, par exemple en fin de saison du brame. Celui-ci peut même céder sa place s’il n’est plus en mesure de lutter contre toute cette pression. De plus, les biches qui n’ont pas été fécondées auront de nouvelles chaleurs un mois plus tard. Quelques jeunes cerfs pourront ainsi découvrir les joies de l’amour car les mâles plus âgés seront alors occupés à se refaire une santé (repos et repas à volonté!).

Pourquoi les cerfs brament-ils?

cerf qui brame de face, photo de stibou5 de flickr.com

 

Les cerfs brament pour différentes raisons. On distingue 5 types de cris :

  • le brame de poursuite lorsque le cerf court derrière la biche avant la saillie. Il s’agit d’un cri répété du style “Heu, heu, heu, heu!” (en version très grave, quand même!)
  • le brame de présence qui est très bref et qui sert juste au cerf à signaler qu’il est là.
  • le brame de langueur qui  est assez long et qui montre la mélancolie de l’animal.
  • le brame de défi qui porte bien son nom, lui aussi. La concurrence est là!
  • le brame de triomphe lorsque le cerf a remporté la confrontation. Il crie alors longuement.

En plus de ces cris, les mâles déposent leurs odeurs aux alentours. Ils ont notamment au coin des yeux le larmier, une glande qui produit une substance assez épaisse et poisseuse. Lorsqu’ils se frottent la tête aux arbres, ils laissent des traces odorantes pour dissuader leurs rivaux ou signaler leur présence.

Le brame, pourquoi on en fait toute une histoire?

brame du cerf, cerf avec fougères sur la tête Photo de stibou5 de flickr.com

On en fait toute une histoire parce que c’est très bruyant et très impressionnant!

Les cerfs poussent de longs cris rauques qui peuvent facilement donner des frissons ou la chair de poule aux curieux de nature venus les écouter. Imaginez : vous êtes dans l’obscurité du soir ou dans le noir de la nuit et, tout à coup, pas loin de vous, un hurlement primitif déchire le silence. Je peux vous assurer que vous n’allez pas faire le fier, surtout si vous vous êtes un peu éloigné de votre voiture et que vous êtes seul ou en tout petit comité! Si le cerf est proche, vous entendez également ses pas nerveux, les frottements de ses bois contre les arbres ou dans les herbes (vous avez vu sa tête, après?), sa respiration saccadée… Vous avez l’impression qu’il peut surgir à tout moment devant vous et, si vous avez quelques connaissances, vous savez qu’il vaut mieux éviter de se retrouver sur son chemin! Pendant cette période, il est dangereux et peut vous charger si vous vous trouvez sur son passage. Mélange d’excitation et de peur pour l’observateur…

On en fait aussi toute une histoire parce que c’est une période privilégiée pour observer les cerfs et les biches. Attention, je ne dis pas qu’il est facile de les observer, je dis qu’il plus facile de le faire.

Le cerf est un animal très craintif, doté d’une bonne ouïe et d’un odorat très développé. En temps normal, il est assez difficile à localiser ou à apercevoir. Evidemment, je ne parle pas ici pour les naturalistes passionnés qui connaissent un coin de forêt par cœur ou qui pistent les empreintes de cervidés. Je parle pour les promeneurs qui aiment la nature mais qui ne sont pas des spécialistes. Pendant le brame, le cerf crie et indique donc sa position. Torturé par ses hormones ou préoccupé par ses biches, il est moins attentif à ce qui se passe autour de lui et perd sa tendance à fuir à la moindre petite alerte. J’ai même constaté qu’il peut être assez indifférent aux bruits qui l’entoure si la concurrence est sérieuse : une nuit de grand brame, quelques jeunes gens près de moi ont commencé à être très bruyants et cela n’a absolument pas perturbé les cerfs proches de nous qui sont restés totalement absorbés par leurs affaires…

Les cerfs se déplacent plus souvent lors de cette période et ils sont donc plus faciles à rencontrer, de manière générale.

Comment faire pour profiter du brame?

cerf qui brame 2

Pour profiter du brame, il n’y a pas 36 solutions : il faut connaître un endroit qui accueille des cerfs et avoir beaucoup de patience et/ou de chance.

Comment écouter le brame?

Si vous n’y connaissez absolument rien, je vous suggère de vous tourner vers des organismes, des associations ou des parcs animaliers qui proposent des matinées ou soirées brame : l’ONF, l’Espace Rambouillet dont j’ai parlé ici, le Domaine de Chambord (haut lieu du brame!)… Le prix est souvent un peu élevé alors qu’il n’y a aucune garantie d’entendre/de voir quoi que ce soit car les cerfs ne sont pas toujours actifs. Mais le repas est parfois compris et vous êtes certain de repartir au minimum avec de bonnes connaissances puisque les animateurs font généralement une présentation du rut du cerf et peuvent répondre à toutes vos questions. Si vous n’habitez pas loin de la Sologne, vous pouvez profiter des observatoires ouverts au public installés au bord des routes proches de Chambord. Je sais qu’il y a beaucoup de monde mais ça a le mérite d’être gratuit. 

Au début, j’allais dans la forêt près de chez moi mais je manquais de chance et je n’entendais jamais rien. Dépitée, j’ai fini par m’inscrire avec des amis à une soirée organisée par l’ONF et j’ai ENFIN entendu quelque chose (mais pas longtemps et pas tant que ça!). Et puis, les années suivantes, j’ai commencé à vivre de belles expériences. On m’a ensuite indiqué un endroit avec de grandes propriétés privées qui abritent de nombreux cervidés. Cela n’a pas la même magie que la forêt -c’est très fréquenté- mais le brame est très fort et très régulier dans ce coin puisque la concurrence entre cerfs est élevée. Je dirais que cela brame 9 fois sur 10 là-bas, ce qui est bien pratique lorsqu’on veut faire découvrir le phénomène à des personnes qui ne comptent pas venir 4 jours de suite!

Comment observer le brame?

Je ne vais pas vous mentir : observer les cerfs est bien plus compliqué. Les propriétés privées sont interdites au public et entourées de hauts grillages. Seuls quelques espaces dégagés permettent parfois d’apercevoir ce qui se passe. La forêt est vaste et sombre. Il faut connaître les lieux, sortir par nuit claire et croiser les doigts. Ou connaître les lieux, en choisir un et rester en affût plusieurs heures de suite… Je n’ai pas beaucoup testé cette méthode car elle demande du temps et beaucoup de patience.

De toutes façons, j’ai tendance à croire que c’est lorsqu’on ne s’y attend pas que la nature nous fait un cadeau. La semaine dernière, la forêt près de chez moi étant interdite aux voitures pour cause de sécheresse, je suis partie sans grande énergie sur les petites routes longeant les propriétés privées. Je peux vous dire que ma fatigue s’est vite envolée car c’était une nuit de grand brame! J’en ai vraiment pris plein les oreilles! Comme je suis restée tard, j’ai fini par être tranquille, toute seule. Cerise sur le gâteau : un cerf était présent avec sa harde dans une plaine à peu près visible et j’ai pu l’admirer grâce à mes jumelles et à la pleine lune.

Même si j’adore les cerfs et que je suis toujours ravie d’en voir un, je reste bien sûr attentive au fait de ne pas déranger la faune sauvage, brame ou pas. Je vous invite donc à être le plus discret possible en arrivant, en observant mais également en repartant.

 

Vous avez maintenant une bonne idée de ce qu’est le brame du cerf même s’il y a encore d’autres choses à savoir! J’imagine que certains d’entre vous sont frustrés de n’avoir rien entendu dans cet article! Winking smile Je vous avoue tout : j’y ai pensé et j’ai commencé à tenter des enregistrements sonores des cris des cerfs mais, pour l’instant, je n’ai pas encore la technique pour insérer du son ici. Cela viendra, bien sûr, peut-être même rapidement… Du coup, je vous propose de suivre ma page Facebook car je pense que je posterai plutôt là-bas pour démarrer!

N’hésitez pas à me raconter vos expériences chanceuses/moins chanceuses du brame du cerf! Smile

Crédits photos : photo du cerf derrière la biche de Guillaume Baviere de flickr.com, photo de combat de cerfs de Guy BUCHMANN de flickr.com, photos du cerf de face et du cerf à la tête recouverte de fougères de stibou5 de flickr.com, première et dernière photos libres de droits.

 

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