Nid d’oiseau : partagez-vous ces fausses croyances?

Lorsqu’on vous parle de nid d’oiseau, vous pensez tout de suite à quelque chose qui ressemble fortement à la photo du dessus. Vous considérez depuis toujours que c’est l’abri des oiseaux pour la nuit, qu’il se trouve en hauteur dans un arbre et qu’il est fait de brindilles. Bref, un nid est un nid et il n’y a pas de quoi en faire toute une histoire!

Et si je vous disais que vous avez une vision stéréotypée des choses? Et si j’ajoutais que vous êtes certainement porteur de fausses croyances et que ce sujet vous réserve bien des surprises?

Vous avez envie d’en savoir plus et de vérifier si vous faites les mêmes erreurs que la majorité des gens? Alors, passons au crible les principales idées reçues sur les nids d’oiseaux et rétablissons quelques vérités! Smile 

 

1) Les oiseaux construisent un nid pour dormir dedans

Dans l’imaginaire collectif, le nid est la maison de monsieur et madame Pinson ou de monsieur et madame Rossignol. On estime qu’ils en ont besoin pour s’y reposer et pour y passer la nuit. Eh bien, c’est faux!

Figurez-vous qu’un oiseau n’a pas besoin de logement ni même de lit! Il aime autant dormir perché sur une branche, au milieu de l’eau, dans une petite cachette, directement au sol ou même en plein ciel. Cela dépend des espèces, bien sûr, et de leur milieu de vie. En tous cas, un oiseau va choisir un endroit où il se sent en sécurité pour faire dodo et cela n’a souvent rien à voir avec un nid. 

Regardez ce pigeon ramier (Columba palumbus) au repos, il n’a pas l’air de regretter son nid :

pigeon ramier dort sur une branche, hors du nid

En réalité, la construction du nid est faite dans un seul but, le but le plus important de la vie de nos amis à plumes : la reproduction.

Cet endroit douillet va d’abord servir à accueillir et à couver les œufs dans les meilleures conditions possibles. Ensuite, il abritera les oisillons très fragiles qui seront réchauffés, nourris et protégés au mieux dans cet espace restreint. Sauf dans quelques cas, les parents abandonneront le nid lorsqu’ils auront fini d’élever leurs jeunes.

Un nid de rouges-gorges familiers (Erithacus rubecula) en pleine activité :

bébés rouge-gorges dans leur nid avec un oeuf non éclos

 

Du coup, le terme “nidification” -qui signifie la fabrication du nid et son entretien- est souvent employé en ornithologie pour désigner la période de couvaison et de soins aux petits et même, de manière encore plus générale, la reproduction.

 

2) Tous les oiseaux se fabriquent un nid

Non, là encore, ce n’est pas vrai… Si vous avez lu le paragraphe précédent, vous allez me dire “Mais ils veulent tous se reproduire donc ce n’est pas du tout logique!” Oui, vous avez raison, tous les oiseaux ont comme objectif de perpétrer l’espèce mais tous ne bâtissent pas de nid pour autant.

D’abord, il y a quelques warriors qui pondent directement au sol. Pas de chichi pour eux! Ce sont principalement des oiseaux des milieux humides donc ils déposent leurs œufs sur les plages ou sur le bord de l’eau. Ils creusent parfois un peu le sol pour créer une cuvette et certains ajoutent éventuellement quelques éléments mais leur installation reste très sommaire. Leurs œufs reprennent les mêmes couleurs que celles de l’environnement afin de passer inaperçus.

Voici les œufs d’une sterne dans du sable, par exemple :

oeufs de sterne au sol, sur la plage, dans une cuvette creusée mais pas de nid

 

Ensuite, il y a des squatteurs qui vont piquer le nid des copains. Ils utilisent souvent un nid abandonné ou un nid de l’année précédente mais cela arrive qu’ils délogent carrément les propriétaires de l’endroit. Bon, ils travaillent quand même car ils refont la décoration intérieure, en général.

 

Enfin, il y a des parents indignes qui imposent leur progéniture à d’autres et qui n’ont donc pas besoin de chambre pour bébé. Le plus célèbre est notre coucou gris (Cuculus canorus), bien sûr! La future maman va pondre directement chez les voisins et ce sont eux qui vont couver l’œuf et nourrir le petit sans se rendre compte qu’il n’est pas de la famille! En plus, il va tuer ses (presque) frères et sœurs en poussant les œufs hors du nid et il va épuiser ses parents adoptifs en mangeant comme un ogre! Mais ceci est une autre histoire…

Voici à quoi ressemble le coucou gris, ce parent démissionnaire :

coucou gris posé sur une souche

 

3) Un nid doit être en hauteur

Bon, maintenant que vous savez que certains oiseaux pondent directement au sol, vous vous doutez qu’un nid n’est pas construit obligatoirement en hauteur. En fait, on peut dire qu’on trouve des nids à tous les étages! Winking smile 

Contrairement à ce que l’on croit, de nombreuses espèces placent leur installation au sol ou près du sol. Évidemment, je ne suis pas en train de vous dire qu’il y a une chance pour que vous tombiez sur un nid au milieu de votre pelouse ou sur le trottoir d’en face au printemps prochain! Avec tous les prédateurs possibles (dont votre chat chéri adoré), le passage des véhicules et les allées et venues des humains, ce serait bien trop dangereux pour les zozios du coin!

Les nids posés au sol sont souvent l’œuvre d’oiseaux qui vivent au bord de l’eau comme la sarcelle d’été (Anas querquedula), le hibou des marais (Asio flammeus), le cygne tuberculé (Cygnus olor)…

Vous vous souvenez que, dans cet article qui parlait beaucoup de canards, je vous disais que les femelles étaient bien peu colorées par rapport aux mâles? En fait, elles sont obligées de délaisser leur look au profit de leurs futurs bébés! Elles ont besoin de rester discrètes lorsqu’elles couvent leurs œufs…

Regardez ce nid de canards colverts (Anas platyrhynchos) caché au milieu des herbes :

nid de canard colvert au sol, au milieu de l'herbe

Le cygne tuberculé est moins discret avec son énorme monticule d’environ un mètre de diamètre :

cygne couvant ses petits dans son nid

 

Certaines espèces n’évoluant pas aussi près de l’eau nichent également à ras de terre, dans les prairies humides ou dans les champs. Je pense au tarier des prés (Saxicola rubetra), à l’alouette des champs (Alauda arvensis), au traquet motteux (Oenanthe oenanthe) ou même au busard cendré (Circus pygargus). Autant vous dire que les temps sont durs pour eux avec le passage des tracteurs et autres engins agricoles! Ils ont du mal à rester en vie et à se reproduire…

L’alouette des champs, par exemple, se fait assez rare :

alouette des champs dans l'herbe avec un ver dans le bec

 

D’autres oiseaux, s’ils ne s’installent pas au sol, le font à une petite hauteur. C’est notamment le cas de certains habitants des roselières qui dissimulent leur nid au milieu de la végétation.

La rousserolle effarvatte (Acrocephalus scirpaceus), par exemple, accroche son abri aux tiges des roseaux et d’autres plantes, légèrement en hauteur. Vous arrivez à le voir?

nid de rousserolle effarvatte installé entre des tiges, un peu en hauteur

Puisque j’ai mentionné les drôles de mœurs de la maman coucou gris, je vous précise que la rousserole effarvatte est l’une de ses victimes préférées! Ce petit nid pourrait tout à fait abriter un bébé coucou qui deviendrait rapidement un peu grand pour cet espace.

 

J’ai failli oublier de vous parler d’autres nids qui ne sont pas du tout, mais alors pas du tout en hauteur : les nids flottants! C’est la spécialités de ces messieurs-dames les grèbes. Ne les imaginez pas en train de se promener sur l’eau, couché dans leur nid! En fait, leur amas de branches entrelacées est accroché à de grandes plantes aquatiques afin de l’empêcher de dériver.

Les foulques macroules (Fulica atra) construisent également une plateforme sur l’eau ; elle est en général posée sur une souche ou des végétaux piétinés.

Un grèbe huppé (Podiceps cristatus) installé sur son nid flottant :

grebe huppé sur son nid flottant sur l'eau

 

4) Des brindilles, encore des brindilles et seulement des brindilles!

Quand on pense à un nid d’oiseau, on le voit toujours composé de brindilles. Un peu réducteur, non?

Là, vous bougonnez un peu : “Bon, d’accord, je sais qu’il n’y a pas que des brindilles! Les oiseaux utilisent aussi des branches, de la mousse, des feuilles, des herbes, des plumes, des poils… C’est pas un scoop!”

D’accord mais savez-vous que de la terre humidifiée peut être ajoutée? D’ailleurs, ce n’est évidemment pas un scoop non plus mais je vous rappelle que certains oiseaux fabriquent la totalité de leur nid avec de la boue et de la salive. On trouve parmi eux les hirondelles rustiques (Hirundo rustica), les hirondelles de fenêtre (Delichon urbica) et les martinets noirs (Apus apus).

On voit bien sur cette photo de nid d’hirondelles de fenêtre les différentes boules de terre qui ont été malaxées puis collées les unes aux autres. Notez la petite ouverture tout en haut :

nid d'hirondelles de fenêtre dans un coin, un jeune à la porte

 

Les hirondelles rustiques, elles, ont une technique qui diffère un peu. Elles ajoutent des éléments végétaux comme de la paille ou des brins d’herbe dans leur construction afin de créer une espèce de torchis. Elles façonnent ainsi une coupe ouverte sur le dessus :

nid d'hirondelle rustique avec jeunes à l'intérieur

 

5) Un nid est un espace découvert

Avec la photo de nid d’hirondelles de fenêtre du dessus, vous savez que ce n’est point vrai!

En plus de ces nids en terre, il existe bien d’autres nids fermés car de nombreuses espèces logent dans des lieux clos. On dit qu’elles sont cavernicoles.

Parmi les plus communes, citons les mésanges. On a tous entendu une histoire rigolote de mésanges qui s’étaient installées dans une boîte aux lettres ou dans un arrosoir, non? Ah bon, pas vous? La preuve en image avec cette mésange charbonnière (Parus major) qui rentre nourrir ses ouailles au milieu des factures et des cartes postales :

mésange avec chenille dans le bec qui va rentrer dans une boîte aux lettre où elle niche

 

Certaines espèces créent elles-mêmes l’espace dont elles ont besoin. Oui, vous l’avez deviné, c’est ici que les pics entrent en scène! Winking smile 

Pic vert (Picus viridis), pic épeiche (Dendrocopos major), pic noir (Dryocopus martius), pic mar (Dendrocopos medius)… Ils sont tous équipés d’un bec leur permettant de creuser le bois d’arbres vivants ou morts. Ils agrandissent ainsi une cavité déjà existante ou forment un trou à partir de rien, tapissent le fond de quelques copeaux de bois puis y élisent domicile pour élever leurs petits. Quel travail!

Les pics s’affairent pendant environ un mois pour créer leur loge mais leurs efforts sont loin d’être vains. Ils sont capables de revenir nicher au même endroit l’année suivante et, si ce n’est pas le cas, ce n’est pas perdu pour tout le monde! Des étourneaux sansonnets (Sturnus vulgaris), des moineaux domestiques (Passer domesticus), des sittelles torchepots (Sitta europaea), des chevêchettes d’Europe (Glaucidium passerinum) peuvent, entre autres, en profiter! 

Admirez ce pic noir à l’entrée de son nid :

pic noir contre un tronc d'arbre, à l'entrée de son nid

 

Ne croyez pas que les pics sont les seuls à aménager leur espace de A à Z. Quelques espèces creusent dans des falaises de sable ou de terre meuble : le martin pêcheur d’Europe (Alcedo atthis), le guêpier d’Europe (Merops apiaster), l’hirondelle de rivage (Riparia riparia)…

La chambre des guêpiers d’Europe se trouve au bout d’une galerie longue d’un mètre ou deux. En voici un qui sort de chez lui, justement :

guêpier d'Europe sort de son nid en volant, trou d'entrée du tunnel qui mène à sa chambre

 

Depuis le début de cet article, je parle des oiseaux de la nature qui nous entoure mais bien d’autres cas existent dans le monde. Pour finir, je quitte la France métropolitaine car je ne résiste pas au plaisir de vous montrer un nid d’oiseaux tisserins qui, comme leur nom l’indique, tissent des brins d’herbe pour construire leur abri. Il existe plusieurs espèces de tisserins et donc différentes formes de nids. En tous cas, ils sont tous fermés sur le dessus! Admirez le travail :

nid d'oiseaux tisserins suspendu à une branche, herbes tissées

 

 

Ca y est, nous avons fait tomber les principaux mythes existant à propos des nids d’oiseaux!

Oups, j’en ai oublié un dernier! J’ajoute que l’idée que le nid se monte toujours en couple est un cliché et, qu’en réalité, la répartition des tâches est variable selon les espèces.

J’espère que la destruction de l’image d’Epinal du nid d’oiseau s’est bien passée pour vous. N’hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé! Smile

Si cela vous a plu de découvrir quelques-unes de vos fausses croyances, sachez que vous allez vous régaler grâce au carnaval d’articles auquel je participe! En effet, Elodie et François du site lacetosympa.com ont organisé un événement inter-blogueurs autour du thème “Les plus grands mythes de votre domaine”. Super sujet, non? Winking smile  Différents auteurs ont pris la plume pour briser les lieux communs et les fausses informations dans des sphères très variées! Je vous mettrai le lien du récapitulatif dans les commentaires lorsqu’il sera sorti. D’ici là, si vous avez aimé cet article, je vous remercie de le partager!

 

Crédits photos : J’ai eu quelques difficultés à trouver des photos pouvant illustrer les grands points de mon article. C’est une bonne chose! Cela prouve que les photographes animaliers amateurs et professionnels ont adopté de bonnes pratiques. En effet, il est compliqué de prendre des clichés de nids sans déranger les oiseaux et les conséquences de ce stress peuvent être graves puisque la reproduction des animaux est en jeu. Consciente de ces problèmes éthiques, j’ai sélectionné avec soin les photos ci-dessus et limité les images contenant des oisillons.

Photos libres de droits sauf celle du coucou qui est de James West, celle du nid de colverts qui est de Thomas Bresson, celles du cygne et du nid d’hirondelles rustiques qui sont de Rachid H, celle de l’alouette qui est de Stefan Berndtsson, celle du nid d’hirondelles de fenêtre qui est de Philippe Rouzet et celle du guêpier d’Europe qui est de Jacques Chibret du site flickr.com.

 

2 thoughts on “Nid d’oiseau : partagez-vous ces fausses croyances?

  1. Vraiment “super” vos articles ! Ils sont en plus merveilleusement accompagnés de splendides photos…
    Merci et belle année 2019

    1. Merci beaucoup pour votre commentaire très encourageant! 🙂 Je ne suis pas l’auteur des photos animalières mais des personnes généreuses partagent leurs clichés (merci à elles).

      Je vous souhaite également une superbe année 2019! 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.